L'histoire de la station d'élevage de reines

L'histoire de la station d'élevage de reines

La station de l’île d’Yeu est due, à l’origine, à l’initiative de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) de Bures-sur-Yvette en 1965 (OYA I). L’exploitation APISELECT fut créée en 1979 par M. Vienne puis le projet fut repris par l’institut Technique Apicole en 1986, à l’initiative du Président d’APIMONDIA, Monsieur Borneck, et avec l’appui de l’INRA de Montfavet qui contribua officieusement au démarrage de OYA II par des apports de souches « caucasiennes ». La station de fécondation en caucasien existe officiellement à l’île d’Yeu que depuis 1988, date d’introduction officielle de souches caucasiennes d’ex-URSS et de Georgie.

  1. OYA I - 1965 à 1978
  2. OYA II - 1979 à 2015
  3. OYA III - depuis 2016

Lorsqu’en 1966, l’union des Groupements Apicoles Français (UGAF) décida de créer une station d’élevage, dans le but d’améliorer la qualité du cheptel apicole français, grâce aux travaux menés par les chercheurs de l’INRA, on choisit de la créer à l’île d’Yeu. Depuis plusieurs années déjà, l’équipe de recherche qui travaillait sur la sélection à la station expérimentale d’apiculture (INRA, Montalivet, Vaucluse) et qui était animée par J. Fresnay, sous la direction de P. Lavie, avait mis au point un programme pour la création d’hybrides triples de reines, basé sur le principe : reines hybrides (caucasica X ligustica) produites par insémination artificielle et fécondée invivo (en milieu naturel) par des mâles locaux (généralement de race noire Mellifera). Ceci impliquait la création de stations d’élevage remplissant les conditions d’isolement nécessaire pour éviter toute pollution génétique. Les réserves génétiques d’abeilles et le développement de souches caucasiennes pouvant entrer dans des combinaisons d’hybridation étaient aussi à l’ordre du jour.

Pour mener à bonne fin le programme d’élevage que l’UGAF avait entrepris avec la collaboration de l’INRA, on savait que seule une île suffisamment éloignée du continent, dont le climat et la flore permettraient d’y élever des abeilles et dont la population locale était assez faible pour pouvoir être facilement maîtrisée génétiquement (par élimination ou remplacement des reines) pouvait répondre aux exigences voulues. Les îles méditerranéennes ainsi que la plupart de celles de la côte atlantique étaient soit trop près du continent, soit trop peuplées en abeilles ce qui rendait difficile la maîtrise génétique de la population d’abeilles locales, soit encore possédait un climat incompatible avec l’apiculture.

Parmi les îles « du Ponant » (c'est-à-dire du couchant ou de l’Ouest), lîle d’Yeu attira rapidement les membres de la commission élevage. Elle fut finalement retenue : éloignement satisfaisant du littoral (environ 20km), climat et flore répondant aux besoins d’un élevage d’abeilles et une population locale de 3 ruches seulement à cette époque. Du nom latin de l’île, insula Oya (en vieux français Ogla), le projet d’installation de la station d’élevage fut baptisé « projet Oya ».

Le projet fut officialisé fin 1966 par un « un agrément des pouvoirs publics (Ministère de l’Agriculture). Ceci, dans l’espoir de faire subventionner le démarrage de cette action et d’obtenir une protection de l’île contre les introductions sauvages d’abeilles (risques ultérieurs de pollution génétique). Au cours de l’année 1967, les démarches se poursuivent. Un jeune technicien est recruté. En septembre 1967, une commission mixte INRA-UGAF, à laquelle se joignent des représentants de l’apiculture vendéenne, se rend en mission sur l’île. Une visite générale des lieux est effectuée. Malgré de nombreuses difficultés liées entre autre aux problèmes de liaisons entre l’île et le continent (la station d’élevage et la résidence du technicien sont à Beauvoir-sur-Mer et le rucher de fécondation sur l’île) le projet semble en bonne voie de réalisation. Les premiers envois de reines sélectionnées sont effectués. Cependant, dès la fin de la saison, les difficultés s’accumulent.

En 1969, la situation se dégrade rapidement, entrainant l’abandon de la station. En 1970, ce qu’il en reste, notamment un bâtiment préfabriqué et les ruches) ainsi que les nucléi de fécondation, sont transférés au Lycée Agricole de Rouillon-le-Mans (Sarthe) où vient de s’ouvrir le premier CFPPA spécialisé en apiculture (puis transférer à Laval en 1972).

Après tant d’années, il est bien difficile de déterminer avec exactitude les raisons qui ont conduit à cet échec et ce, aussi rapidement, malgré un soutien des pouvoirs publics et de l’INRA. Nous ne chercherons pas, en l’absence d’une analyse précise consignée dans les procès verbaux de l’époque, à porter un jugement sur ce qui a pu se passer.

En 1978, deux jeunes apiculteurs, Patrick Vienne et sa compagne Marie-Renée Guillevic, reprennent le projet OYA à leur compte. Avec les encouragements de l’ITAPI (Institut Technique APICOLE), il vont tout reprendre à zéro. Patiemment, ils refont l’inventaire des ressources mellifères, rassemblent les données climatiques et météorologiques, font un recensement méthodique de toutes les ruches existantes, vont trouver leurs propriétaires, entreprennent des démarches pour assurer la protection de leur élevage auprès des autorités compétentes et…se lancent dans l’aventure (sans grands soutiens et avec des moyens très modestes).

La station d’élevage apicole est implantée au cœur de l’île, c’est là que les colonies sont le mieux protégées des vents marins, parmi la végétation. Celle-ci est parfois dense, sauvage, peu élevée, se développant sur d’anciennes terres agricoles en friches. Saules, pruneliers (épines noires), aubépines, ajoncs, genêts, chênes verts, ronces et lierres y forment un maquis parfois inextricable, mi-breton, mi-provençal (car ici les mimosas ou les camélias poussent aussi à merveille). Dans les clairières ainsi que sur les dunes du littoral se développe une végétation qui assure aux abeilles, avec les arbustes, une floraison presque continue du printemps à l’automne. L’île d’Yeu n’est cependant pas un paradis pour les abeilles. Les étendues végétales sont limitées et les zones abritées encore plus réduites. Les abeilles se font cependant assez bien à ce climat particulier : elles volent bas, quasi en rase-mottes et les fécondations ont en général lieu à faible hauteur, cela à cause du vent. Les ruchers d’élevage et de fécondations sont répartis dans des petits champs, tout enclos de végétation, formant clairières.

Tous les nucléi de fécondations de M. Vienne sont uniques, adaptés pendant 40 ans pour faciliter les manipulations à partir de cadrons de miel et de couvains. Une seule variété est élevée sur l’île depuis 1984, la caucasica, dont les souches ont été importées de Krakova en Ex-URSS. Leurs descendances peuvent être utilisées en race pure ou pour servir de souches d’élevage pour des croisements effectués chez les apiculteurs avec les mâles de leur propre cheptel ou tout au moins de leur environnement.

En 2016, Renan Pointeau reprend une exploitation affaiblie par une affaire de vol et usage de faux de l'exploitation commerciale d'APISELECT. Le matériel vieillissant est remis en état, les ruchers sont défrichés et les souches vieillissantes sont remérées.

APISELECT prend un nouveau départ avec d'importants travaux d'élevage, de fécondations, de sélections et d'adaptations des reines pour protéger une variété d'abeille locale caucasienne, optimiser un environnement mellifère qui souffre de l'abandon des terres agricoles (friches) face à l'urbanisation et maintenir une protection de l'île contre l'importation de maladies parasitaires, bactériologiques et virales.

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